Je sens que mon message d’aujourd’hui va déplaire à plusieurs personnes et pourrait même en choquer certains… Cela ne s’adresse pas à certaines personnes en particulier et je ne veux pas non plus généraliser avec mes propos, car ce n’est vraiment pas tout le monde qui doit se sentir visé par mon message.

Cela ne s’adresse pas non plus à mon chum, car en ce moment, cela va vraiment bien entre nous deux et sur ce que je vais aborder, il n’y a jamais vraiment eu de problème là-dessus dans notre couple…

Je lis régulièrement des blogs, des sites internet, des témoignages, des forums et des commentaires laissés sur ces différents sites et j’en ai marre de certains propos qui viennent assurément me titiller! Bien sûr, cela concerne les compagnes et compagnons de personnes trans.

Pour les lignes qui vont suivre, je vais employer « la personne trans » et « le partenaire », sans égard à la situation et au sexe de chacune des personnes pour ne pas trop alourdir mon texte…

Voici donc le genre de propos qui me font souvent bien plus que sourciller, bien souvent à l’approche ou au début d’une transition :
- C’est ma vie, je fais ce que je veux et si l’autre n’est pas d’accord, il n’en vaut pas la peine.
- Le physique ne compte pas, on aime une personne avant tout et je vais rester la même personne.
- Si mon partenaire m’aime pour de vrai, il va m’accepter tel que je suis.
- Je suis maintenant heureux, alors, l’autre doit l’être également pour moi.
- C’est dur d’être toujours brimer par l’autre et de devoir attendre après l’autre.
- Mon partenaire ne semble pas accepter les changements, je pense le laisser.
- Il y a beaucoup de tensions entre mon partenaire et moi depuis un certain temps, notre histoire est probablement sur le point de se terminer.
- Mon partenaire ne me comprend pas, je ne mérite pas ça, surtout après toutes les épreuves que j’ai déjà dû endurer.
- … et la liste pourrait encore être bien longue!

Bon! Avant tout, n’allez surtout pas croire que je sois contre le fait d’amorcer une transition. C’est en effet aux personnes trans elles-mêmes de savoir et de juger ce qui est bon pour elles et je ne doute pas que la transition dans la majorité des cas est la meilleure solution pour rendre la personne enfin heureuse.

C’est à la personne même de vivre sa vie, ça, j’en suis tout à fait d’accord! Mais si la personne vit en couple, « vivre sa vie » implique également vivre avec l’autre, donc « vivre à deux ». Si la personne trans ne laisse pas son partenaire avant d’amorcer une transition, il faut bien qu’elle s’attende que cela changera sa vie également, ainsi que leur vie de couple.

Oui, la personne trans est maître de ses décisions. Par contre, il faudrait arrêter de considérer les partenaires comme des personnes qui doivent tout comprendre, comme des saints qui doivent tout accepter sur le champ! Les partenaires ont aussi une vie, des sentiments et pour eux aussi, la transition de l’autre représente beaucoup, et même beaucoup plus qu’on pourrait le penser!

Une personne trans peut annoncer la situation à ses parents, qu’ils l’acceptent ou non, ils resteront toujours ses parents et la relation sera toujours là. Peut-être pas dans les meilleures conditions, mais ce lien sera toujours existant. Il en va de même pour les frères, les sœurs, les enfants…

Pour les amis, ils peuvent aussi accepter ou non la situation, mais en général, de vrais amis vont l’accepter, car ce qui crée une amitié, c’est bien souvent le fait « qu’on s’entende bien avec l’autre personne » et ce lien ne changera pas en général.

Pour des collègues de travail qui n’accepteraient pas la situation, on peut toujours les ignorer et dans le pire scénario, décider de changer de travail et de tout repartir à zéro.

Par contre, peut-on vraiment parler de ce même type de relation en amour? On choisit notre partenaire de vie pour différentes raisons et en général, on se choisit mutuellement, car on est bien avec l’autre. Cela comprend de nombreux aspects, autant par rapport à l’attirance vers l’autre, à la personnalité de l’autre, à la vie de tous les jours, à la complémentarité de l’un avec l’autre… et à bien d’autres points, dont l’attirance physique et à la vie intime.

Une relation amoureuse est une situation beaucoup plus complexe, une relation unique, et normalement, on veut la construire en pensant à long terme. Bien sûr, cela ne fonctionne pas à tous les coups et il faut parfois recommencer, mais dans une relation sérieuse dans laquelle on croit, on est généralement prêt à mettre les efforts qu’il faut pour qu’elle perdure et une séparation n’est jamais envisagée à la légère. Si une personne prend au sérieux la question amoureuse, elle ne sera pas prête généralement à tout recommencer avec une autre dès la première dispute.

Une relation amoureuse signifie aussi être là pour l’autre, autant dans les bons moments que dans les moins bons.

Une personne trans prend parfois des années avant d’arriver à la décision d’amorcer une transition. Elle peut prendre des années avant d’accepter la situation pour ce qu’elle est, pour arriver à comprendre tout ce que cela implique et pour arriver à savoir ce qu’elle veut ou non. Une personne trans aura de longues périodes de questionnements, de craintes, de doutes et de réflexions avant de commencer à prendre une décision et encore là, il restera de nombreux obstacles à franchir avant d’atteindre son but.

Le partenaire est bien souvent mis au courant alors que la période de questionnement achève et que la transition arrivera sous peu, alors que la personne trans sait de plus en plus ce qu’elle veut ou non pour son avenir.

Mais le partenaire dans tout ça? Peut-il lui aussi avoir ce même temps de réflexion, de questionnement et surtout d’adaptation?

Pouvez-vous seulement imaginer à quel point ça chamboule une vie une annonce comme celle-là? La personne qu’on aime, qu’on a appris à connaître et avec laquelle on a bâti notre vie, nous annonce qu’elle va changer du tout au tout et en général, le partenaire n’a pas un mot à dire là-dessus.

Les personnes trans demandent souvent aux autres d’essayer de se mettre à leur place pour tenter de comprendre ce qu’elles vivent… mais les personnes trans peuvent-elles un instant se mettre à la place de l’autre et tenter d’imaginer ce que cela signifie pour leur partenaire? Peuvent-elles seulement imaginer toutes les émotions que cela peut apporter? Peuvent-elles également imaginer le questionnement et les réflexions très sérieuses que le partenaire va devoir envisager?

Bien souvent, cette nouvelle ne pourra pas être acceptée du tout et cela signifiera la fin de la relation dans les plus brefs délais.

Cela me fait penser à de nombreuses autres situations, sans lien avec la question trans, qui peuvent survenir dans un couple et qui peuvent également apporter tout un lot de réflexions et/ou une séparation :
- Un homme a dû mal à percevoir sa femme encore comme une « vraie » femme après qu’elle ait eu un cancer du sein et qu’elle ait dû subir une ablation du sein.
- Un des partenaires a un accident et devient handicapé.
- Un des partenaires commence à souffrir d’une grave maladie.
- Un des partenaires perd son emploi et a beaucoup de difficulté à en retrouver un autre.
- Un des partenaires développe un problème de dépendance (alcool, drogue, jeux, …).
- Un des partenaires commence une dépression.
- Une série de malheurs s’abat sur le couple (matériels, financiers, …).
- Le couple doit vivre avec le deuil d’un enfant.
- Un des partenaires apprend qu’il ne pourra jamais avoir d’enfant, alors que c’était le rêve du couple.
- … encore une fois, la liste peut être très longue

Pour chacune de ces situations, tout comme pour l’annonce de la transidentité de l’un des partenaires, cela amène nécessairement beaucoup d’émotions, de questions, de réflexions et un certain temps d’adaptation.

Dans les couples moins solides, cela risque de signifier la fin.

Dans d’autres cas, cela ne sera pas facile, mais le couple va réussir à passer au travers, mais cela demande du temps, des efforts et des compromis de part et d’autre.

Lorsqu’une personne trans annonce à son partenaire la situation, elle a en général un long cheminement de fait derrière elle, mais il ne faudrait quand même pas qu’elle s’attende à ce que son partenaire soit rendu à la même étape au même moment! En plus, bien souvent, la situation se met à avancer très vite avec le début de la transition et le partenaire n’a pas du tout le temps de s’adapter.

Si à l’annonce, le partenaire reste, c’est qu’il y a un réel désir de vouloir s’adapter, d’essayer de mettre les efforts qu’il faut pour que son couple avance dans la bonne direction, mais ce n’est ni facile ni évident!

Il faut premièrement que le partenaire absorbe la nouvelle et comprenne tout ce que cela peut impliquer, à court, à moyen et à long terme, et ce, à tous les niveaux.

Ensuite, lorsque le partenaire a bien compris ce que cela impliquait, commence alors une longue période de questionnements. Veut-il continuer avec l’autre malgré la situation? Peut-il envisager de continuer une vie de couple malgré les changements que cela implique? Va-t-il réussir de continuer à aimer l’autre, mais l’aimer d’amour et non pas que cela devienne une simple amitié? Peut-il s’imaginer être encore attiré par l’autre même s’il change de sexe? Peut-il accepter la pression que cela va amener au niveau social? Peut-il s’imaginer vivre avec les réactions des autres, que ce soit les proches ou les gens en général? Y a-t-il plus de pours ou de contres à rester avec l’autre et/ou à se séparer? Bref, pense-t-il être capable de s’adapter à tout ce que ça implique et comprend-il vraiment tout ce que ça implique?

La réponse peut être oui, mais entre le vouloir et le vivre, il y a encore une marge. On peut très bien se faire à l’idée, mais lorsque les changements arrivent « pour de vrai », on peut quand même avoir beaucoup de mal à vivre avec et cela demande toute une période d’adaptation, même si on avait eu le temps de s’y préparer avant psychologiquement! Ce qui fera le bonheur de la personne trans risque de faire le malheur du partenaire pendant un certain temps!

Il faut aussi faire une sorte de deuil de l’autre, avoir le temps de se faire à l’idée de l’image de l’autre que nous allons perdre, mais que nous avions pourtant tellement aimée. Oui, c’est un véritable deuil et même si la personne « reste la même », cela signifie quand même un gros sentiment de perte, une tristesse dure à expliquer, une adaptation à la nouvelle situation qui peut être longue et difficile. Et tout comme un deuil, cela peut être plus ou moins long selon les personnes et chaque situation peut être vécue différemment.

Tous ces efforts, toutes ces réflexions et tous ces questionnements peuvent gruger le moral et les activités de la vie quotidienne. La question trans devient le point central de toutes les pensées, on y pense tout le temps, peu importe le moment de la journée et ce qu’on est en train de faire. Cela peut jouer sur l’appétit, sur le sommeil, sur la concentration, sur l’ambiance en général, sur l’humeur, sur la motivation, … On devient épuisé de réfléchir à toutes ces questions, on devient maussade d’être si stressé et anxieux, on devient aigri par ce coup du sort qu’on n’avait pas vu venir, on devient déprimé voire dépressif par la situation…

Et cela peut devenir rapidement un cercle vicieux, car évidemment, l’autre est toujours là, la personne trans parle constamment de la situation, de ce qui s’en vient, veut aller aux réunions de l’association, les changements quels qu’ils soient commencent à apparaître, bref, tout devient comme une spirale un peu hors de notre contrôle!

Vous allez peut-être croire que j’en mets beaucoup, que j’exagère, mais je vous assure que ce n’est vraiment pas exagéré! Cela chamboule vraiment une vie! En tant que personnes trans, vous devez sûrement avoir eu ces moments de questionnements si profonds qu’ils en perturbent tout le restant? Pourquoi cela serait-il différent pour les partenaires?

Il y a aussi la question de la sexualité et de l’orientation sexuelle. Une personne peut être très ouverte à la question homosexuelle, bisexuelle ou autre et n’en avoir aucun préjugé… mais cela ne signifie pas nécessairement qu’elle accepte de le devenir! D’ailleurs, je ne crois pas qu’on puisse parler « d’accepter » ou de « décider » dans ce cas-là! Ça ne se décide pas comme ça, sinon, je crois bien que bien des personnes homosexuelles décideraient de changer leur orientation pour ne plus vivre en marge de la société en général! Certaines personnes sont attirées par les hommes, d’autres par les femmes, d’autres le sont par les deux et d’autres encore par d’autres situations. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise situation, mais il ne faudrait pas croire qu’il suffit de le vouloir pour réussir à se changer soi-même, et surtout, ne pas croire que cela se fait instantanément!

Oui, l’amour concerne plus que le physique et oui, c’est une personne qu’on aime avant tout. Mais l’attirance entre aussi en ligne de compte et on ne peut pas le nier. C’est bien beau les contes comme « La belle et la bête », mais dans la réalité, ce n’est pas aussi évident. Et je ne parle même pas de la profondeur du sentiment amoureux, car on peut aimer à la folie une autre personne, cela ne veut pas dire qu’on sera capable pour autant de changer son orientation sexuelle. Oui, cela est probablement possible… mais ça prend du temps!

De toute manière, la sexualité en tant que telle en prend un coup pendant une transition et surtout au début, alors, je ne crois pas que cela soit la bonne chose à faire que d’aborder cette question trop rapidement. Cela ne sert à rien d’envisager même d’en parler si le partenaire n’a toujours pas réussi à s’adapter à l’ensemble de la situation, au contraire, cela risque plus de le faire fuir à mon avis. Cela viendra par la suite, longtemps après, et rendu là, l’aide d’un sexologue serait probablement une bonne idée, autant pour la personne trans que pour le partenaire.

Il y a aussi l’argument des personnes trans qui se disent enfin heureuses, mais qui ne comprennent pas pourquoi leur partenaire ne partage pas leur soudaine joie de vivre. Encore une fois, je crois que la question du temps et de l’adaptation est primordiale. Si le partenaire est probablement content pour l’autre, il n’en demeure pas moins que pour le moment, lui ne saute pas de joie du tout et même loin de là. Et parfois, cela fait encore plus mal de voir l’autre dans sa bulle de bonheur, car d’un côté, on se sent vraiment égoïste de ne pas arriver à partager la joie de l’autre, mais d’un autre côté, on ne peut s’empêcher d’en vouloir à l’autre de nous faire vivre tout ça. On est en pleine période d’adaptation, en pleine période cruciale et c’est comme un couteau qu’on enfonce plus profondément dans une plaie ouverte que de voir l’autre s’épanouir ainsi alors qu’on a nous-mêmes l’impression de dépérir petit à petit! On voudrait partager le bonheur de l’autre, mais on n’y arrive pas, et même, on voudrait qu’il ait un peu de compassion pour nous. Après ses propres souffrances, il vit maintenant si intensément qu’il semble parfois oublier que c’est au tour de son partenaire de souffrir en silence à côté…

Avec tout ça, il ne faut pas s’étonner que le partenaire ait l’impression de perdre le contrôle. Il comprend que la personne trans est la mieux placée pour décider du cheminement qui lui convient, des étapes à franchir ou non, mais le partenaire dans tout ça, a l’impression qu’il n’a pas un mot à dire, qu’il ne peut exprimer ce qu’il en pense et que surtout, quoiqu’il fasse ou dise, ça ne changera rien à la situation.

Se crée alors bien souvent une sorte d’agressivité, qui peut être aussi bien consciente qu’inconsciente. Un rien chez l’autre nous énerve, on s’impatiente pour des détails, on remarque plus les défauts, on a plus tendance à critiquer l’autre. Les sautes d’humeur peuvent devenir constantes, avec le remord qui vient ensuite pour s’être emporté contre l’autre.

C’est vrai que la personne trans ne mérite pas tout ça, mais encore là, à mon avis, ça ne dure qu’un temps, puis le climat va se radoucir dans le couple au fur et à mesure que le partenaire va apprendre à vivre avec sa « nouvelle vie ».

Et voilà ce que j’avais sur le cœur depuis un certain temps… C’est vrai que je ne pourrai jamais comprendre ce que les personnes trans peuvent vivre et endurer au quotidien… mais d’un autre côté, je ne crois pas que les personnes trans mesurent bien ce que leur partenaire peut vivre également.

Je crois que tout est possible et que le partenaire peut effectivement s’adapter à la nouvelle situation et continuer à aimer la personne trans comme avant. Par contre, cela peut prendre du temps avant d’en arriver à nouveau à un équilibre entre les deux. Pendant ce temps d’adaptation, cela demande beaucoup de volonté, beaucoup de communication, beaucoup d’efforts et surtout beaucoup de compréhension de chacun des partenaires pendant cette période houleuse, sans oublier les compromis demandés de part et d’autre.

L’amour est une situation complexe et il peut y avoir bien des hauts et des bas, bien des périodes difficiles qui peuvent faire songer à une éventuelle séparation. Mais avant d’en arriver là, je crois que si les deux personnes s’aiment vraiment et qu’elles tiennent à leur relation de couple, tous les efforts et tous les moyens doivent être mis en place pour tenter de sauver la relation, et surtout pour la ramener vers l’harmonie.

Évidemment, chaque personne est différente, chaque situation est unique et il ne faut surtout pas généraliser. Ce ne sont pas toutes les personnes trans qui vont penser comme je le mentionnais plus haut, ce ne sont pas tous les partenaires qui vont réagir comme je l’ai décrit et chaque relation de couple peut trouver sa propre voie, quelle qu’elle soit. Ce que j’ai écrit, cela représente beaucoup ce que moi-même, j’ai vécu en apprenant la nouvelle et cela concorde avec plusieurs versions et témoignages que j’ai lus.

Pour plusieurs couples, l’annonce de la transidentité signifie la fin. Mais ma conclusion, qui est mon avis tout personnel, c’est que lorsqu’un partenaire décide de rester, de mettre les efforts qu’il faut et d’essayer de s’adapter à cette nouvelle situation, c’est déjà une belle preuve d’amour qui est démontrée et cela mérite un certain respect. Que la personne trans lui démontre à son tour son amour en tentant de respecter son rythme d’adaptation, sans trop lui en demander en plus et surtout, en lui laissant le temps de faire sa propre transition.

Peut-être que cela fonctionnera, peut-être que cela ne fonctionnera pas, mais au moins, tous les efforts auront été mis de part et d’autre pour tenter de faire avancer la relation de couple et peu importe le dénouement, il ne devrait pas y avoir de regret…

Prenez mon message pour ce qu’il était, sans vous sentir attaqué personnellement. Je n’ai pas voulu offenser personne avec mes propos, mais bien sûr, étant moi-même une partenaire d’une personne trans, j’ai assurément été subjective dans mon message par ce que je vis moi-même. Il me fera plaisir par la suite d’en discuter d’une manière respectueuse si des commentaires se présentent…