Je sais qu’après mon dernier message, il s’est déjà écoulé quelques semaines. Non pas que je n’avais pas envie de venir écrire, mais j’avoue que je n’avais pas grand-chose à raconter.

Tout était comme dans mon dernier message, c’est-à-dire que tout allait bien, qu’il n’y avait pas vraiment de nouveau et que la situation n’avait pas vraiment évolué.

Mon chum me répétait que tout allait bien, qu’on se concentrait sur nos projets actuels et qu’il n’y avait rien à signaler en particulier. On n’avait pas vraiment reparlé du sujet trans, même si c’est bien sûr toujours là. J’arrive régulièrement de travailler et il m’accueille en étant habillé d’une jupe, de collants et autres, mais cela est devenu tout à fait normal et ne me fait même plus sourciller. Il arrive régulièrement que j’utilise son ordinateur ou son Ipod et que je tombe sur une page internet ou un article qui en fait mention, mais là encore, c’est devenu tout à fait normal.

On s’était entendu que pour le moment, on mettait tous nos efforts dans notre projet d’avoir des enfants (et tous les sous-projets que cela implique d’une manière ou d’une autre) et j’avoue que depuis quelques mois, toutes mes pensées étaient principalement tournées vers ça.

Dimanche après-midi, la journée allait bien et tout était tranquille. On avait eu une bonne journée la veille et c’était plus la routine, comme faire la vaisselle, un peu de rangement, etc…

J’entends mon chum chantonner doucement et je lui dis que ça fait plaisir de l’entendre ainsi. Il me dit que c’est parce qu’il est heureux, que tout va bien… et qu’il aurait autre chose à me parler.

Instinctivement et immédiatement, une sonnette d’alarme a résonné dans ma tête. J’ai eu tout de suite le pressentiment que la question trans allait arriver dans la conversation. J’imaginais qu’il allait m’annoncer qu’il est prêt à commencer l’épilation du torse, ou qu’il va recommencer à aller aux réunions de l’ATQ, ou qu’il a abordé un nouveau sujet avec sa psy, … Bref, je crois avoir une petite idée et il s’agit là de sujets que j’attendais plus ou moins, que je savais qu’ils allaient arriver tôt ou tard.

Je lui demande de m’en dire plus, il me demande qu’on aille s’asseoir. Là, je commence à avoir une petite inquiétude et on va donc s’asseoir dans le salon pour discuter plus confortablement.

Et là, il me dit : « Je me sens bien. Je suis bien avec toi, on a pleins de beaux projets et je crois que je commence à accepter ce que je suis et la situation en général. ». Jusque-là, je tout est beau, mais je sens bien qu’une suite s’en vient, que cela implique quelque chose que je vais savoir bientôt. Et là, il me dit : « Je serais prêt pour en parler aux autres, à ma famille, à ta famille, à nos amis, bref, pour l’annoncer à pas mal tout le monde. ».

Et vlan! Voici un coup que je n’avais pas vu venir du tout, que je ne m’étais pas imaginée devoir affronter avant bien longtemps et qui me déstabilise complètement.

Sur le coup, j’en suis un peu sans mots et des centaines de pensées m’arrivent en trombe dans la tête! Par où commencer! Quoi dire! Oh non!!!

Je lui demande si c’est parce qu’il aimerait aller plus loin dans bientôt et il me dit que non, ce n’est pas pour tout de suite et qu’il veut vraiment avoir des enfants avant.

Je lui demande ce qu’il entend par être « prêt » à l’annoncer, c’est-à-dire au moment opportun ou dès maintenant. Il me répond qu’il serait prêt maintenant, mais qu’il tient vraiment à attendre que je sois prête également et que je sois bien avec cette décision. Il veut vraiment que je prenne le temps qu’il faut pour y réfléchir et lorsque je serai prête à passer à cette étape, on le fera ensemble. Cela me soulage un peu sur le coup, je me voyais déjà devoir annoncer ça dans la semaine qui vient!

Je lui demande ensuite ce que cela implique par rapport au fait de vouloir des enfants et il me répond que cela n’y change rien… mais qu’il aimerait bien que cette annonce soit faite avant l’arrivée du premier.

Là, je commence à paniquer un peu, car les enfants, de mois en mois, cela pourrait fonctionner et cela nous laisserait à peine 9 mois pour faire cette annonce. Je n’arrive pas du tout à l’envisager pour le moment, je n’arrive pas du tout à l’imaginer et surtout, je croyais vraiment que les enfants viendraient avant que quoique ce soit aille plus loin. Je considère que d’annoncer la situation à tout le monde est toute une étape à franchir, une étape majeure qui aura beaucoup de conséquences et je considère qu’il s’agit véritablement « d’aller plus loin ».

De plus, je commence à penser aux enfants, je ne voulais pas mêler les deux, je ne veux pas qu’ils arrivent alors qu’il y a déjà un froid dans la famille.

Bref, je ne m’attendais pas du tout à ça et sur le coup, en plus de toutes sortes d’émotions qui sont apparues à ce moment, j’ai commencé à paniquer en pensant à tout ce que cela impliquait.

Les émotions ont pris la place pendant un certain moment et je me suis même quelque peu fâchée contre mon chum.

Pour une fois, mon chum est resté complètement calme. Il avait très bien anticipé et deviné quelle serait ma réaction. Il m’a laissé un peu de temps seule pour décompresser et après, on a réussit à se parler un bon moment beaucoup plus calmement.

Il insistait vraiment sur le fait qu’il voulait m’attendre et qu’il voulait qu’on franchisse cette étape à mon rythme. Il me disait qu’il se sentait bien, qu’il était sûr de lui et qu’il était heureux d’en être enfin arrivé à ce genre d’acceptation de soi-même. Il a insisté aussi sur le fait qu’il ne voulait pas aller plus loin pour le moment, que les enfants restaient notre priorité et qu’après, il verrait où il en serait rendu, mais que cela l’aiderait beaucoup à s’accepter encore plus de pouvoir dire ce qu’il en est en ce moment à nos proches. Il aimerait pouvoir être vrai auprès des autres, leur dire comment il se sent et ce qu’il est exactement et il est convaincu que cela l’aiderait aussi à être un meilleur parent. Par contre, il m’a vraiment demandé que je prenne mon temps pour en arriver à cette même étape que lui et qu’il ne m’en voudrait pas si jamais nos enfants arrivaient avant que je sois prête à cette étape.

Cela m’a rassurée quelque peu sur le coup. Je lui ai promis que je prendrais le temps d’y réfléchir très sérieusement et que je trouvais qu’il avait un bon point de vue et de bons arguments… mais je lui ai également exposé mon point de vue, c’est-à-dire ma principale crainte pour les enfants et sur le fait qu’il veuille annoncer quelque chose alors qu’il n’y aura pas de changements pour le moment, donc que cela pourrait amener un peu de confusion et surtout beaucoup de questionnements par la suite. Mais bon, tout ça ira dans un prochain message, car je crois que j'aurai beaucoup de réflexions à ce sujet… En attendant, je lui ai demandé quelques jours sans trop en reparler, car je voulais laisser un peu retomber la poussière avant de me mettre à y réfléchir plus intensément, ce qu’il a accepté.

On a réussit à finir la journée sans trop de mal et il a vraiment été aux petits soins avec moi. Je crois qu’il a bien vu que cela m’avait toute mise à l’envers et même si c’était nécessaire, je crois qu’il s’en voulait quand même un peu de me faire vivre tout ça.

Le problème dans tout ça, même si je dois avouer qu’il n’y a pas de meilleurs moments pour faire ce genre d’annonce, c’est qu’il a quand même mal choisi sa journée. Le lendemain, j’avais une journée extrêmement difficile et stressante qui m’attendait et cela faisait déjà plusieurs nuits que j’en dormais plus ou moins tant cela m’occupait l’esprit. Il était au courant de tout ça et il m’avait même déjà proposé de m’accompagner tout au long de cette journée pour m’aider et me soutenir.

Bien sûr, avec une annonce de ce genre, en plus de ce qui s’en venait le lendemain, je n’en ai pas vraiment dormi de la nuit et lundi matin, j’étais une boule d’émotions, l’esprit bien encombré par la peur et le stress de la journée et par les émotions de la veille. J’étais en plus très fatiguée, ce qui m’a rendue quelque peu apathique et un peu mêlée dans tout ça.

La journée s’est passée et mon chum est resté avec moi tout le long. Il a enduré mes sautes d’humeur, il m’a soutenu et toutes les étapes de cette pénible journée se sont finalement déroulées sans anicroches.

Bien sûr, j’avais toujours le sujet de la veille en tête, mais je n’avais pas trop de temps à m’y attarder. On est finalement revenu à la maison un peu avant l’heure du souper. Là, l’épuisement, le stress qui venait de retomber et un retour des émotions de la veille m’ont complètement submergée.

Au début, mon chum était encore là pour moi, mais lui aussi, cela avait été une dure journée pour lui, assez épuisante, et il se sentait de plus en plus mal de me faire « vivre toutes ces émotions ».

Et ce que je ne souhaitais pas qui arrive, car je savais ce qui allait suivre sinon, est arrivé : on a recommencé à parler de l’annonce de la veille.

Et là, j’avoue qu’aujourd’hui, je ne me rappelle plus trop comment cela a déboulé, mais mon chum a commencé à regretter, il n’était plus aussi sûr de lui que la veille, il n’était plus certain de pouvoir m’attendre et tout le beau discours de la veille était en train de changer. Il commençait à être mêlé et à paniquer et par le fait même, j’ai aussi paniqué. Il ne savait plus du tout où il en était et moi j’ai commencé à me fâcher un peu et à prendre un ton un peu accusateur.

Cela a été une très dure soirée et les deux, on regrette les propos et le ton qui ont été tenus hier soir. Cela a brassé beaucoup, mais vers la fin de la soirée, on a réussi à se rapprocher de nouveau. Par contre, mon chum est resté avec un sentiment de panique… le même qui me fait moi-même paniquer et m’inquiéter pour lui et qui fait que je ne suis pas du tout partie au travail l’esprit tranquille ce matin. Par contre, il a insisté pour que j’y aille, car même si je lui ai offert de rester avec lui, il préférait être seul aujourd’hui et faire le vide un peu dans son esprit.

La nuit a été passable dans mon cas, courte pour mon chum et je crois qu’aujourd’hui, on est juste tous les deux épuisés par ce qui s’est passé ces derniers jours. On s’est reparlé plusieurs fois et il semble un peu plus calme, mais je suis contente qu’il ait quand même réussi à avoir un rendez-vous avec la psy qu’il connaît (et non pas celle qui le suit régulièrement) à la fin de la semaine.

Voilà où on en est pour le moment. Je ne regrette pas du tout qu’il m’en ait parlé et même, je lui en suis très reconnaissante d’avoir osé aborder ce sujet si important avec moi. Par contre, je ne m’attendais pas à ça du tout et j’avoue que l’ampleur de cette annonce m’a un peu jetée par terre. Il faut que je prenne le temps d’y réfléchir et j’espère en arriver à la même étape que lui d’ici peu, mais pour le moment, je n’en suis pas convaincue du tout.

Ce sujet amènera assurément bien d’autres messages dans les jours et les semaines qui vont venir, mais je crois qu’avant tout, j’ai aussi besoin de laisser un peu retomber la poussière et de faire le vide dans mes émotions avant de commencer à réfléchir à tout ça très sérieusement.