Enfin, mon chum et moi avons réussi à se parler. On s’est expliqué, on s’est excusé et on a recommencé à sourire tous les deux. Je ne dis pas que tout est réglé, mais je recommence à retrouver mon chum et on recommence à avoir de la joie et de la tendresse entre nous deux!

Cela fait tellement de bien! Je recommence à voir le soleil et je dois avouer que j’en avais bien besoin! Il a lu mon blog et cela lui a permis de comprendre bien des choses. Il m’a écrit un message et il m’a montré son blog (dont il s’est très peu servi, mais qui avait quand même plusieurs messages) et moi aussi, cela m’a permis de comprendre bien des choses. On s’est parlé calmement, il m’a expliqué son point de vue (même s’il ne comprend pas lui-même toutes ses réactions et toutes mes réactions) et je lui ai expliqué aussi ce que j’avais vécu ces dernières semaines.

Cela fait vraiment tout un poids qui vient de s’enlever et je ne doute pas que cela va recommencer à aller de mieux en mieux entre nous deux. Notre amour est fort et on va continuer à s’aimer toujours plus!

Lorsqu’il m’a fait lire les anciens messages de son blog, cela m’a vraiment beaucoup touchée. C’était bien sûr assez sombre à lire et cela remontait jusqu’à quelques semaines avant qu’il me parle de sa dysphorie de genre. Cela n’allait plus du tout pour lui et même s’il n’y avait rien que je ne savais pas déjà, cela m’a beaucoup émue de le lire ainsi, de pouvoir mettre des mots sur ce qu’il vivait et comment il voyait les choses à ce moment.

Cela m’a également touchée, car il parlait souvent de moi dans ses messages… à quel point il m’aimait, à quel point il ne voulait pas me faire de mal, à quel point il avait besoin de moi, à quel point il s’inquiétait pour moi, etc. Cela m’a vraiment mise toute à l’envers de le lire ainsi, car je crois que je ne m’imaginais pas à quel point j’avais tenu une place d’importance dans ses moins bons moments.

Il y a quelque chose qui m’a aussi mise toute à l’envers. Dans un de ses premiers messages, il était écrit à quel point il n’en revenait pas d’être tombé sur une femme aussi joyeuse, aussi patiente, aussi douce, qui aimait tout le temps rire, avec un regard pétillant de joie, qui s’amusait de tout et de rien, toujours de bonne humeur et qui faisait « de la magie » dans le cœur des gens.

Je me suis mise à pleurer en lisant ça, car même s’il me l’a dit souvent, je réalise que j’ai bien changé depuis ce temps. J’aime toujours autant la vie et je suis toujours aussi passionnée, j’aime rire et m’amuser… mais il me semble qu’il y a plus de mauvais moments qu’avant. Qu’entre chaque rire, il y a aussi des larmes maintenant et bien souvent des inquiétudes et des mauvaises humeurs. J’ai l’impression de m’être un peu aigrie depuis le temps.

En prenant compte de ce changement assez marquant, la première pensée qui m’est venue à l’esprit, c’est la peur qu’il se tanne de moi n’étant plus celle qu’il a connue au tout début.

Puis, quand ce petit moment de panique a retombé, j’ai commencé à me poser la question à savoir qu’est-ce qui avait provoqué ce changement et j’avoue que cela fait plusieurs  jours que ça me trotte dans la tête.

Premièrement, étais-je si joyeuse que ça avant ou bien n’était-ce qu’une apparence? Dans le jour, c’est vrai que je riais et tout le monde appréciait ma bonne humeur. Oui, j’étais à ce point joyeuse… Mais au fond de moi, je crois que j’ai toujours eu une certaine détresse. Le soir venu, alors que j’étais enfant, ado ou même jeune femme et même quand j’avais commencé à sortir avec mon chum, je ne compte plus le nombre de soirs où je m’endormais en pleurant, où j’avais une sorte de mélancolie et de désespoir qui m’envahissaient au moment de me coucher. Combien de fois ai-je mis des heures à m’endormir, tant je pleurais et tellement je voyais tout en noir. Pourquoi? Je ne sais trop, parfois, il n’y avait même pas de raisons précises, j’étais tout simplement triste et j’avais un « vague à l’âme » indescriptible.

Mais ces émotions, personne n’était au courant, sinon mon ours en peluche qui était mon seul et unique confident. Cela ne paraissait jamais durant le jour, je crois même que personne n’aurait pu se douter de tout ça. Cela avait toujours été mon secret, que je n’ai jamais partagé avec personne et je faisais bien attention que ça ne paraisse jamais dans le jour.

Cela a toujours été et même quand j’ai commencé à sortir avec mon chum, alors que je commençais la plus belle et la plus heureuse période de ma vie, cela arrivait encore régulièrement, sans raisons particulières. Lorsqu’on a aménagé ensemble, j’avais toujours ce besoin de pleurer le soir, mais cela était devenu plus difficile de le faire incognito et secrètement. On se couchait ensemble, on s’endormait ensemble et on passait la majeure partie de nos moments ensemble.

Je crois que c’est à ce moment que mon ours en peluche a perdu son titre de confident et c’est mon chum qui a repris ce rôle un peu par la force des choses. Je ne pouvais plus lui cacher mes états d’âme, alors, aussi bien me confier puisqu’il allait me voir dans cet état de toute manière.

Peu à peu, cela arrivait de plus en plus souvent et de moins en moins uniquement les soirs. Je n’avais plus à me cacher, je n’avais plus à refouler ces émotions jusqu’au « bon moment » : mon chum était là et je pouvais me laisser aller en toute honnêteté et en toute confiance.

Je crois, avec du recul, que ces émotions, bien souvent sans explications, ont peut-être fini par prendre trop d’ampleur, trop de place. Mon chum ne s’en plaindra jamais, mais j’imagine que cela a pu devenir lourd à la longue et je suis certaine qu’il s’ennuie de sa blonde qui avait toujours le sourire avant.

Je crois qu’il faudrait vraiment que j’apprenne à faire la part des choses, réapprendre à ne pas laisser sortir toutes mes émotions au fur et à mesure. Retrouver un juste milieu et recommencer à sourire plus, à profiter plus de la vie et à moins m’inquiéter. Je crois que je ne m’en porterais que mieux… et mon chum aussi!

De plus, j’ai réalisé avec tout ça un autre de mes défauts qui prend de plus en plus de place et qu’il faudrait que je corrige sérieusement. J’ai toujours été très protectrice, d’une nature assez inquiète et je ne doute pas que lorsque j’aurai des enfants, je serai assurément une mère-poule d’une manière assez extrême!

J’ai deux jeunes sœurs et lorsque j’étais encore chez mes parents, j’ai grandi en m’occupant d’elles, en veillant à ce que tout soit correct et qu’elles ne manquent de rien, j’étais toujours inquiète à ce qui pourrait leur arriver, bref, je les couvais presque comme une mère.

Mes sœurs ont vieilli, je n’habite plus chez mes parents… mais ce côté ultra-protecteur est demeuré et à défaut de quelqu’un d’autre, cela est retombé sur la personne que j’aime le plus… mon chum.

Je me rends compte que je suis grugée d’inquiétudes et que cela arrive de plus en plus souvent. Je m’inquiète pour des détails insignifiants, je ne peux m’empêcher de lui donner régulièrement des conseils un peu simples, à la manière d’une mère protégeant son enfant… et je ne peux m’empêcher non plus de lui passer certains commentaires et critiques.

Je réalise que mon chum a été et est toujours extrêmement patient envers moi, car je ne sais pas si j’aurais pu endurer tout ça aussi longtemps si les rôles avaient été inversés.

Au contraire, malgré mes étourderies, mes niaiseries et mes décisions parfois douteuses, mon chum m’a toujours laissé entière liberté. Il ne me passe jamais de commentaires, ne me reprend jamais et il m’aime pour ce que je suis, incluant mes défauts et mes petites manies qui doivent bien l’agacer. Surtout, il me voit telle que je suis, c’est-à-dire sa blonde et comme une adulte responsable, capable de prendre ses propres décisions.

Je l’aime également comme il est, mais j’avoue que de plus en plus, j’accroche sur des petits détails et à la longue, tous ces petits détails finissent par tomber sur les nerfs. Je m’inquiète pour bien des situations alors que je n’aurais pas raisons d’être dans cet état et à la longue, toutes ces inquiétudes finissent par gruger un peu mon moral et ma bonne humeur.

Les premières années de notre relation, je ne m’en faisais pas autant, je ne m’inquiétais pas autant, je ne m’attardais pas à tous ces détails insignifiants et je le laissais vivre, je lui laissais sa liberté. Cela peut peut-être également expliquer le fait que j’étais plus joyeuse, que je souriais plus et que j’étais en général presque toujours de bonne humeur. Cela finit par user la bonne humeur que de toujours être sur le qui-vive, de toujours penser à ces détails qui accrochent et de toujours avoir de petites inquiétudes derrière la tête.

Bien sûr, au début de notre relation et les premières années qu’on a passées ensemble, il n’avait pas été question non plus du sujet trans. Qu’on le veuille ou non, c’est le genre d’annonce qui bouleverse une vie, qui fait beaucoup réfléchir et qui a peut-être assombri un peu ma bonne humeur et ma joie de vivre.

Il y a aussi eu ce fameux soir où je suis entrée à la maison et où mon chum était à l’hôpital. Je crois que je ne m’en suis jamais complètement remise de cette situation et de l’inquiétude que cela avait causée. Je n’avais pas autant d’inquiétudes avant, mais après, il y a eu un déclic qui s’est fait et toujours cette même petite voix qui me répète inlassablement « C’est arrivé une fois, qu’est-ce qui te prouve que cela ne pourrait pas arriver de nouveau? Il disait que ça allait bien et tu n’as rien vu venir, qu’est-ce qui te dit que ce n’est pas la même chose qui est en train de se reproduire?».

C’est sûr que la vie ne sera plus jamais comme avant et que la question trans a pris une certaine place dans ma vie et dans mes pensées. C’est sûr que je m’inquiète pour mon chum et que j’ai toujours cette peur qui lui arrive quelque chose… comme pour n’importe quelle personne qui pense aux êtres qui lui sont chers!

Mais cela n’en demeure pas moins que j’ai décidé de rester avec mon chum et qu’avant tout, je l’aime plus que tout, quoiqu’il advienne par la suite. Bien sûr, je ne peux pas faire comme si la situation n’existait pas et je ne peux pas non plus oublier toutes les inquiétudes pour l’avenir que cela amène.

Mais il y a moyen de faire la part des choses! Je suis sa blonde et non sa mère! De toute manière, je ne veux pas tenir ce rôle et j’ai l’impression que c’est de plus en plus le cas, que j’ai dû mal à faire la part des choses! Je l’aime pour ce qu’il est, je ne veux pas passer mon temps à tenter de le reprendre et à lui passer des commentaires. C’est un adulte, qui a même une plus grande expérience de vie que moi étant plus vieux de quelques années que moi, qui a traversé de nombreuses étapes et épreuves, alors, il est bien capable de prendre ses propres décisions au quotidien et d’en assumer les conséquences!

Je ne dis pas que je vais réussir tout de suite, mais je compte bien réussir à lâcher prise et ne plus accorder autant d’importance à tous ces détails insignifiants. Avant, je l’acceptais malgré tous ses petits défauts, je l’aimais tel qu’il était et je ne m’inquiétais pas plus que ça pour lui. Je l’ai toujours aimé pour ce qu’il est et comme je ne passais pas mon temps à passer pleins de commentaires et à vouloir changer ses petites habitudes, on profitait plus de la vie, des moments qu’on était ensemble et on était plus heureux tous les deux, du moins, je le crois.

Je veux me concentrer sur ce qui en vaut vraiment la peine et lui laisser la liberté de toutes ces petites choses que je ne cesse de critiquer et qui ne cessent de m’accrocher.

Tout ce qui concerne la question trans, notre avenir, nos projets, nos futurs enfants, je tiens vraiment à ce que tout se fasse à deux, se décide à deux et se réalise à deux, en cheminant ensemble et au même rythme. Mais pour tout le restant, il serait grand temps que je retrouve ma bonne humeur et que je cesse de m’attarder à des pacodilles!

Je suis certaine que non seulement cela allégera mon esprit, mais que cela m’aidera à retrouver ma bonne humeur et le sourire qui ont fait craqué mon chum dès nos premiers instants.

Cela semble peut-être un peu stupide et un peu simple comme raisonnement, mais j’avoue en toute honnêteté que je n’avais pas fait tous ces liens et que je ne m’étais pas rendue compte de tout ça avant de lire les messages sur le blog de mon chum.

Cela a vraiment eu l’effet d’un déclic et d’une illumination et je réalise vraiment que mon chum est plus que patient et que je lui en fais décidément voir de toutes les couleurs bien souvent! Cela me prouve aussi à quel point qu’il m’aime, car avec tout ce que je lui fais endurer, ça en prend de l’amour pour passer au travers de tout ça!

Je suis contente que notre mauvaise passe soit en train de s’estomper, mais elle n’a pas eu que des mauvais côtés. Cela m’a fait prendre conscience de plusieurs de mes défauts et je compte bien mettre les efforts qu’il faut pour réussir à les changer petit à petit! Car j’aime mon chum pour ce qu’il est et je veux qu’il continue à m’aimer comme je suis!